


Imaginez un serpent d’eau doté de traits d’un dragon latino-américain, glissant à travers rivières et lacs pour protéger l’une des ressources les plus précieuses de l’humanité. C’est le Jichi, créature mythologique bolivienne qui disparaît lorsque les humains ne savent pas gérer l’eau avec sagesse.
En Bolivie, les mythes et légendes font partie du programme scolaire. Les régions de l’ouest comme de l’est du pays partagent leurs propres récits, transmis oralement de génération en génération. Dès l’enfance, nous apprenons ces histoires, remplies de messages et d’enseignements qui nous aident à comprendre la vision du monde de chaque culture. Cependant, leur nature principalement orale rend difficile leur transcription fidèle dans des espaces comme Wikipédia.
Conscients de cette caractéristique de la tradition orale, nous avons identifié l’illustration comme un allié naturel — un élément qui enrichit et accompagne chaque récit. Notre premier défi fut d’identifier des légendes de l’est bolivien — couvrant les départements de Santa Cruz, Pando et Beni — avec des sources fiables et des informations suffisantes.
Mais… comment aborder cette tâche ?
L’atelier d’illustration éditoriale autour des légendes de l’est de la Bolivie nous a permis de travailler avec les étudiants en Design Graphique de l’Université pour le Développement et l’Innovation (UDI). En coordination avec la professeure Sofía Mallo et le directeur de programme Daniel Uria, nous avons organisé deux séances d’atelier. Lors de la première, les participant·e·s ont lu les légendes, en ont discuté et identifié leurs protagonistes. Cet espace de débat et d’analyse fut inestimable, car il a ouvert la voie à des interprétations qui furent ensuite traduites en illustrations.
Pour que les images portent du sens, il est essentiel de comprendre la cosmovision des peuples qui donnent vie à ces récits. Une cosmovision est la manière dont nous comprenons l’univers, la vie et notre rôle en son sein, individuellement et collectivement. Elle inclut des normes, des pratiques de soin, des formes de respect qui guident la vie quotidienne, mais aussi des notions plus abstraites comme la conception du temps.
Bien avant la diffusion des principes coloniaux Ama Sua (ne vole pas), Ama Llulla (ne mens pas) et Ama Qhilla (ne sois pas paresseux), ce furent les peuples eux-mêmes qui transmettaient, à travers leurs légendes, ce que nous pourrions aujourd’hui appeler des règles de coexistence. Ces récits nous aident à comprendre comment vivent les autres, ce qui est attendu dans la vie collective, ce qui est attendu de chaque individu, et les conséquences logiques lorsque la vie, l’eau ou la terre ne sont pas respectées.
Le mythe d’origine des Uru-Chipayas, par exemple, raconte que les chullpas furent les premiers habitants de la terre. Un phénomène naturel faillit les anéantir, et ils choisirent de vivre sous l’eau. Ceux qui s’adaptèrent le mieux aux changements apportés par le soleil devinrent le peuple chipaya.
De la même manière, des légendes telles que celle du Tío de la Mina (l’Oncle de la Mine) ou du Chancho Verde(Cochon Vert) reflètent les peurs et les explications surnaturelles auxquelles les populations ont eu recours pour endurer la vie. C’était par exemple le Cochon Vert qui provoquait les maladies des mineurs, car affronter directement les risques explicites des conditions de travail aurait rendu la vie insoutenable.
Jusqu’à récemment, aucune légende bolivienne sur Wikipédia n’était accompagnée d’une illustration. Aujourd’hui, huit articles enrichis nous permettent de découvrir le Jichi, la version orientale de l’elfe, sa connexion avec le Pombero, ce qu’est le silbaco, et les conséquences de son sifflement tragique.



À présent, tandis que vous lisez cet article, nous continuons de réviser les légendes boliviennes sur Wikipédia. Nous complétons les informations et avançons vers une seconde étape plus ambitieuse de cette initiative. Cette nouvelle version inclura des mythes et légendes de tout le pays, que vous pourrez bientôt découvrir. Suivez-nous sur nos réseaux sociaux pour en savoir plus sur ce projet et bien d’autres.
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