
Pendant longtemps, ma perception des pays sahéliens a été façonnée par des récits dominés par la terreur et la crise. À travers les médias et les réseaux sociaux, je n’étais servi presque qu’à des informations sur le terrorisme, l’insécurité, l’instabilité politique, la corruption pour ne citer que ceux-lâ. C’est à croire qu’il n’existait par d’autres choses impactantes dans ces pays comme des figures inspirantes, des modèles de réussite dans des domaines d’avenir comme le numérique, l’information ou la cybersécurité.
Ma sélection au programme de bourse AWA Digitalise Youth 2026 soutenu par Code For Africa a profondément remis en question cette perception. Lorsque j’ai appris que je travaillerais, en plus du Bénin, sur des pays sahéliens comme le Niger et le Tchad, j’ai d’abord pensé qu’il serait difficile d’y trouver des profils convenables à mes obligations: paix, droits humains, justice, information, numérique et cybersécurité.
Mais très vite, la réalité m’a surpris. En menant les recherches avec l’équipe que j’ai constituée, j’ai découvert des femmes et des hommes remarquables, engagés pour le progrès de leurs communautés, mais encore trop peu visibles. Parmi eux, l’exemple de Hamid Khayar Oumar m’a particulièrement marqué : ingénieur tchadien en systèmes d’informations, acteur du numérique, il a été cité par Forbes Afrique. Son parcours démontre qu’au-delà des récits réducteurs, le Tchad produit aussi des talents, des innovateurs et des références capables d’inspirer toute une génération.
C’est à partir de là que notre mission a pris tout son sens : documenter, valoriser et rendre visibles ces voix trop souvent absentes des grands récits médiatiques. De mars à juillet, nous nous sommes investis pleinement dans la valorisation des figures du numérique et de l’information, ainsi que des institutions et des personnalités dont la jeunesse peut s’inspirer sur Wikipédia et Wikidata.
Cependant, cette expérience a aussi révélé une autre difficulté : le manque de sources fiables et suffisantes pour fonder l’admissibilité de certaines figures sur Wikipédia. Beaucoup d’acteurs engagés existent, mais ils restent sous-médiatisés et donc pas reconnus dans l’espace numérique.
Cette bourse a ainsi soigné mes biais. Je réalise qu’on ne peut pas réduire un pays à ses crises. Les pays sahéliens ne sont pas seulement des territoires marqués par les défis ; ce sont aussi des terres d’engagement, d’innovation et d’espérance. Valoriser celles et ceux qui s’y battent pour des valeurs fortes, c’est contribuer à corriger les perceptions, à renforcer leur e-réputation et leur nation branding, mais surtout à offrir à la jeunesse des repères d’espoir et de réussite.
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